L’Université Clermont Auvergne regarde le handicap en face

Comment améliorer le quotidien des étudiants en situation de handicap ? Comment recruter du personnel handicapé ? Comment changer le regard sur le handicap ? L’Université Clermont Auvergne s’engage dans une politique ambitieuse.

Les étudiants handicapés, encore plus que les étudiants valides, se heurtent de plein fouet à la rupture entre le monde scolaire et celui de l’enseignement supérieur.

Dans un rapport publié mercredi 27 juin, la nouvelle médiatrice de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur, Catherine Becchetti-Bizot, explique que l’accompagnement dont a bénéficié l’élève en situation de handicap au cours de sa scolarité (aide d’une auxiliaire de vie scolaire…) disparaît à l’université, au moment où le système prévoit en outre une plus grande autonomie dans l’organisation des cours et du travail personnel.

Comment cela se passe à l’Université Clermont Auvergne (UCA)??

Rencontre avec Florence Faberon-Tourette, vice-présidente de l’UCA en charge de la vie universitaire, de la culture et du handicap, maître de conférences en droit public et enseignante-chercheuse essentiellement, mais pas seulement, dans le droit de l’aide et de l’action sociale.

Quelle est votre définition du handicap??

« Faut-il parler du handicap ou des handicaps. On a bien une diversité, une pluralité de situations vécues mais c’est bien à la situation que tient le handicap. Il y a bien entendu une réalité médicale, troubles moteurs, psychiques, cognitifs, auditifs, visuels… mais c’est l’environnement qui rend en situation de handicap.

 

Comment en êtes-vous venue à travailler sur ce thème??

Pour moi, le sens de l’autre a toujours été important. Je pense que l’on ne peut concrètement exister qu’en lien avec les autres, fort de nos complémentarités et riche de nos différences. Aussi, lorsque, étudiante, je me suis dit que cela serait bien de faire du sport et que je suis tombée sur une annonce de Handicap Évasion qui recherchait des bras pour marcher, je me suis dit autant marcher utile. Depuis, je me suis impliquée dans le tissu associatif jusqu’à être aujourd’hui la présidente d’une association, Handilettante pour celui qui se délecte, qui organise des sorties collectives sur la thématique de la culture.

Je pense que l’on ne peut concrètement exister qu’en lien avec les autres, fort de nos complémentarités et riche de nos différences

Le handicap est ensuite entré dans ma vie privée. Une façon de plus de se rappeler qu’il fait partie de la vie, que l’on peut tous être potentiellement concerné et qu’il ne doit pas mettre à l’écart.

Aujourd’hui vous portez ce thème à l’UCA, quelle est votre action ?

Ce n’est pas mon action mais bien celle de toute équipe et en transversalité sous l’impulsion d’un président, Mathias Bernard, très volontaire sur le sujet.

Il s’agit bien d’une dynamique d’ensemble à l’échelle des six sites de l’université. Elle doit innerver l’ensemble des politiques de l’établissement

Je suis en poste depuis janvier 2017. La première année, nous avons fait un travail collaboratif pour co-construire un schéma directeur handicap. Il a été voté le 2 février. Il s’agit bien d’une dynamique d’ensemble à l’échelle des six sites de l’université. Elle doit innerver l’ensemble des politiques de l’établissement.
Comment?? Via des actions concrètes. Comme de la sensibilisation auprès des personnels, le recrutement de personne en situation de handicap, accompagner les étudiants en situation de handicap dans leur réussite. Nous menons aussi une politique d’achats solidaires. Il y a bien entendu la recherche, conduire un travail scientifique dans ce domaine.

C’est là que l’on peut faire le lien avec le programme que vous portez?: Handicap et citoyenneté??

Oui tout à fait. Nous sommes dans le domaine de l’excellence, oui, mais de l’excellence humaine. Notre université doit s’engager dans des valeurs d’humanisme et de respect de l’autre

De quoi s’agit-il?

D’un programme sur trois ans, en plusieurs temps, initié par un partenariat avec l’université francophone de Saint-Boniface, à Manitoba, au Canada et l’université Clermont Auvergne, associant une multiplicité d’acteurs d’Amérique, d’Afrique, d’Europe ou encore d’Océanie.

L’idée de départ, c’est que les universités ne sont rien sans leurs partenaires d’une part, participent donc des chercheurs mais aussi des praticiens et des politiques. Et d’autre part que si l’on veut permettre aux étudiants d’être des professionnels et des citoyens avertis, il faut leur transmettre des valeurs, celles que nous portons. Nous sommes dans le domaine de l’excellence, oui, mais de l’excellence humaine. Notre université doit s’engager dans des valeurs d’humanisme et de respect de l’autre. Et travailler à la modification des représentations sur le handicap est en ce sens un bon vecteur.

Ce n’est pas la seule ambition du programme??

Non, bien entendu. Nous avons la volonté de créer un réseau international de chercheurs francophones sur le handicap, de faire avancer la recherche avec la conviction que l’on devait aussi y associer la vie, et donc la culture et le sport.

Pour votre première rencontre, au Canada, en juin, il n’y avait donc pas uniquement des tables rondes et des exposés??

Ah non, effectivement. L’université doit ouvrir un monde de possibilités et elle ne peut le faire que si elle est capable de regarder de toutes parts. C’est cela que nous avons fait. Des sorties culturelles et sportives ont permis de créer une émulation intellectuelle et humaine autour d’une vraie réflexion scientifique sur le handicap.

Des étudiants vous ont accompagnés au Canada??

Oui, notre cœur de métier, c’est la formation. Cinq étudiants étaient en stage et en projet tutoré en licence son et image sur le pôle de Vichy et journalisme de proximité. Ils ont fait un travail remarquable dont des petites capsules vidéo dont l’une est disponible sur le blog (*), les autres sont en cours de finition. Nous remettrons ce système en place pour le rendez-vous de novembre à Clermont-Ferrand.

L’emploi doit être une priorité. Nous allons nous attacher à croiser nos regards sur les obligations juridiques mais aussi sur l’effectivité des mesures. L’idée est de faire un état de lieu et voir comment rendre effectif l’obligation qui nous lie et ce que l’on est capable de mettre en œuvre

Cette fois, il y a une thématique.

Oui. « Handicap, emploi et insertion ». Cela se déroulera les 13, 14 et 15 novembre. La semaine juste avant la Semaine européenne pour l’emploi des personnes handicapées, qui aura lieu du 19 au 25 novembre, en France et en Europe. L’emploi doit être une priorité. Nous allons nous attacher à croiser nos regards sur les obligations juridiques mais aussi sur l’effectivité des mesures. L’idée est de faire un état de lieu et voir comment rendre effectif l’obligation qui nous lie et ce que l’on est capable de mettre en œuvre. Comment on peut, ensemble, réfléchir au moyen de combler l’écart.
Comme au Canada, chaque demi-journée de travail sera ponctuée par un intermède culturel. Il y a aura des sorties, des expositions, des projections ciné en partenariat avec Cinéfac et Trace de vie. Une soirée théâtre est également au programme. Toujours dans cet axe de projet scientifique mais surtout humain ».

Source : La Montagne

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